
Percer un mur pour une climatisation dans une maison neuve n’est pas une dégradation mais une intervention normative qui, si elle est correctement exécutée, préserve intégralement la performance d’étanchéité.
- Le carottage diamanté à l’eau est la seule méthode de perçage acceptable pour une traversée propre et sans micro-fissures.
- L’étanchéité est assurée par un système complet : manchon de traversée, membrane et adhésifs spécifiques (type Pro Clima/Ampack).
Recommandation : Exigez de votre installateur une documentation photographique de chaque étape du processus de traversée de paroi pour votre dossier technique RE2020.
En tant que propriétaire d’une maison neuve, conforme à la RT2012 ou à la récente RE2020, vous avez investi dans une enveloppe performante. Le résultat du test d’étanchéité à l’air, ou Blower Door, est la preuve tangible de cette qualité. L’idée même de percer un mur pour installer une climatisation devient alors une source d’angoisse légitime. Comment réaliser cette opération sans anéantir les efforts et les investissements consentis pour atteindre un excellent coefficient Q4Pa-surf ?
L’approche commune, consistant à « faire un trou » puis à le « reboucher » avec de la mousse expansive ou du silicone basique, est une hérésie technique en contexte BBC. Ces méthodes sont la garantie d’une déperdition, d’un pont thermique et d’un échec au prochain test d’infiltrométrie. Elles créent un point de faiblesse permanent dans l’enveloppe du bâtiment. La question n’est donc pas seulement de savoir comment percer, mais comment exécuter une traversée de paroi qui maintient l’intégrité de la barrière d’étanchéité.
La solution ne réside pas dans le bricolage, mais dans l’application d’un protocole strict, quasi chirurgical. Il s’agit de considérer le percement non comme une brèche, mais comme la création d’un point de passage maîtrisé et traité selon les règles de l’art. Cet article détaille la méthodologie normative pour intégrer une climatisation sans compromettre votre performance énergétique.
Nous aborderons la seule technique de percement acceptable, les systèmes d’étanchéité à mettre en œuvre, les outils de diagnostic pour valider l’intervention, et l’arbitrage économique entre différentes solutions de confort, le tout dans le strict respect des exigences réglementaires.
Sommaire : La méthodologie normative pour l’installation d’une climatisation en maison étanche
- L’étanchéité à l’air RE2020 : pourquoi un simple trou est un enjeu critique
- Carottage : comment percer du béton armé sans tout casser (et sans poussière) ?
- Le traitement du point de passage : la clé pour une étanchéité pérenne
- Caméra thermique : comment voir par où le froid de la clim s’échappe ?
- Le test Blower Door : l’épreuve de vérité pour votre installation
- Faut-il changer ses fenêtres ou installer une clim : quel est le meilleur investissement confort ?
- Erreurs courantes et responsabilités : ce qu’il faut absolument éviter
- Vers une performance énergétique maîtrisée : la synthèse normative
L’étanchéité à l’air RE2020 : pourquoi un simple trou est un enjeu critique
La performance d’un bâtiment basse consommation est quantifiée par le test d’infiltrométrie, qui mesure le débit de fuite d’air de l’enveloppe sous une différence de pression de 50 Pascals. Le résultat, exprimé par le coefficient Q4Pa-surf, doit être inférieur ou égal à 0,6 m³/(h.m²) en maison individuelle. Chaque passage de gaine, chaque câble, chaque conduit non traité représente une fuite potentielle qui dégrade ce coefficient. Un seul percement mal réalisé peut suffire à rendre le bâtiment non conforme.
L’enjeu n’est pas seulement réglementaire. Il est avant tout économique et sanitaire. Les fuites d’air parasites sont responsables d’une surconsommation de chauffage en hiver et de climatisation en été. Elles peuvent également engendrer des problèmes de condensation au sein des parois, menant à des dégradations et à l’apparition de moisissures. L’impact est direct sur vos factures énergétiques et sur la qualité de l’air intérieur.
Des études techniques précises démontrent cette corrélation. Selon les données du secteur, une variation de 1,0 vol/h sous 50 Pa augmente la consommation de 4 kWhep/m²shon/an. C’est considérable. Un percement de 50 mm de diamètre pour une gaine de climatisation, s’il n’est pas traité, peut représenter une fuite d’air équivalente à une fenêtre laissée entrouverte en permanence. La mission n’est donc pas de minimiser la fuite, mais de l’annuler en assurant une continuité parfaite de la membrane d’étanchéité à l’air.
Carottage : comment percer du béton armé sans tout casser (et sans poussière) ?
Face à un mur en béton, potentiellement armé, la méthode de percement est non-négociable : le carottage diamanté à l’eau. L’usage d’un perforateur ou d’un marteau-piqueur est à proscrire absolument. Ces outils, basés sur la percussion, créent des micro-fissures tout autour du point de perçage. Ces fissures, souvent invisibles à l’œil nu, constituent des chemins de fuite d’air incontrôlables et impossibles à traiter a posteriori.
La carotteuse diamantée, au contraire, fonctionne par abrasion. Elle découpe un cylindre de matière parfait, sans vibration ni impact, préservant ainsi l’intégrité structurelle du mur. L’utilisation d’un système d’aspiration et d’injection d’eau permet de travailler sans aucune émission de poussière, un point crucial pour une intervention en milieu habité et propre. Le résultat est un trou aux parois lisses, prérequis indispensable à la mise en place d’un système d’étanchéité fiable.

Comme le montre cette image, le carottage professionnel est une opération de précision. La propreté du percement est la première garantie d’une bonne étanchéité future. C’est sur cette surface nette que les manchons et adhésifs pourront parfaitement adhérer. Une intervention de ce type doit suivre une méthodologie rigoureuse pour être conforme aux exigences.
Plan d’action : méthodologie de traversée de paroi étanche RE2020
- Localiser précisément le point de traversée en évitant les zones structurelles critiques (poutres, poteaux).
- Utiliser une carotteuse diamantée avec aspiration et gestion de l’eau pour un perçage propre sans poussière.
- Installer un manchon de traversée certifié avec collerette d’étanchéité côté intérieur.
- Appliquer une membrane d’étanchéité périphérique (type passe-tuyau) raccordée à la membrane murale avec des adhésifs certifiés (ex: Pro Clima, Ampack).
- Réaliser un test d’étanchéité intermédiaire (test à la fumée, anémomètre) avant finition pour une première vérification.
- Documenter la traversée avec des photographies datées à chaque étape pour le dossier technique RE2020.
Le traitement du point de passage : la clé pour une étanchéité pérenne
Le percement n’est que la première étape. L’étanchéité réelle se joue dans le traitement de ce passage. L’objectif est d’assurer une continuité parfaite entre la gaine de climatisation et la membrane d’étanchéité à l’air (le pare-vapeur) située à l’intérieur de l’isolant. Cela se fait à l’aide d’un système de composants certifiés et compatibles entre eux.
Le premier élément est le manchon de traversée. Il s’agit d’un fourreau rigide, souvent en PVC, que l’on insère et scelle dans le trou. Son rôle est de créer une interface stable et durable pour le passage des gaines. Il empêche tout contact direct entre les gaines et la maçonnerie, et facilite les interventions futures. Certains modèles intègrent une collerette d’étanchéité côté intérieur, qui sert de première barrière.
Le second élément, le plus critique, est la membrane d’étanchéité spécifique. Il ne s’agit pas d’un simple ruban adhésif. Des fabricants comme Pro Clima ou Ampack proposent des œillets ou manchettes passe-tuyaux (type Roflex ou Kaflex). Ces pièces en EPDM souple sont dotées d’une partie adhésive très puissante. On les applique sur le pare-vapeur, autour du manchon de traversée. La souplesse de l’EPDM permet d’enserrer parfaitement la gaine, assurant une étanchéité durable malgré les dilatations et les légers mouvements.
Enfin, les adhésifs utilisés pour coller cette manchette au pare-vapeur doivent être spécifiquement conçus pour cet usage. Les colles et rubans adhésifs standards vieillissent mal et perdent leur pouvoir collant. Seuls les systèmes complets et certifiés peuvent garantir une étanchéité qui perdurera des décennies, et qui résistera sans faille à la pression du test Blower Door.
Caméra thermique : comment voir par où le froid de la clim s’échappe ?
Une fois l’installation terminée, comment s’assurer que le travail a été correctement réalisé ? Avant même le test Blower Door final, la thermographie infrarouge est un outil de diagnostic préventif extrêmement puissant. Une caméra thermique ne « voit » pas l’air, mais elle visualise les différences de température à la surface des matériaux. En mettant le bâtiment en dépression (avec le ventilateur du Blower Door) et la climatisation en marche, les fuites d’air apparaissent de manière flagrante.
Toute infiltration d’air chaud extérieur ou exfiltration d’air froid intérieur au niveau de la traversée de paroi se traduira par une anomalie de couleur sur l’écran de la caméra : un point chaud en été, un point froid en hiver. C’est une méthode de contrôle visuel, non destructive et immédiate, qui permet de localiser avec une précision centimétrique le moindre défaut d’étanchéité au niveau des joints ou des raccords de membrane.

L’image thermique, comme celle-ci, révèle ce qui est invisible à l’œil nu. Elle met en évidence les ponts thermiques et les fuites d’air, transformant un concept abstrait en une preuve visuelle incontestable. C’est l’outil idéal pour valider la qualité du travail de l’installateur avant même la réception du chantier. Plusieurs méthodes de diagnostic existent, avec des niveaux de précision et des coûts variables.
Le tableau suivant, basé sur une analyse comparative des méthodes, synthétise les options disponibles pour le diagnostic de l’étanchéité à l’air.
| Méthode | Précision | Coût (€) | Utilisation |
|---|---|---|---|
| Test Blower Door seul | Quantifie le débit total | 500-600 | Mesure globale obligatoire RE2020 |
| Thermographie seule | Localise les zones | 300-400 | Diagnostic visuel préventif |
| Blower Door + Thermographie | Quantifie ET localise | 800-1000 | Diagnostic complet recommandé |
| Anémomètre manuel | Détection ponctuelle | 100-150 | Vérification rapide ciblée |
Le test Blower Door : l’épreuve de vérité pour votre installation
Si la thermographie est un outil de diagnostic, le test Blower Door (ou test d’infiltrométrie) est l’épreuve de certification finale. C’est lui qui délivre la mesure officielle et opposable du niveau d’étanchéité de l’enveloppe, le fameux Q4Pa-surf. Il est obligatoire en fin de chantier pour toute construction neuve soumise à la RE2020. Si vous réalisez une installation de climatisation après réception, il est fortement recommandé de procéder à un nouveau test pour valider l’intervention.
Le principe est simple : un ventilateur puissant est installé dans l’encadrement d’une porte extérieure pour mettre le bâtiment en dépression (ou en surpression) contrôlée à 50 Pascals. Des capteurs mesurent en continu le débit d’air que le ventilateur doit fournir pour maintenir cette pression. Ce débit correspond exactement au total de toutes les fuites d’air de l’enveloppe. Si le résultat après l’installation de la climatisation est identique ou très proche du résultat initial, l’intervention est un succès.
Étude de cas : diagnostic thermographique et test Blower Door complémentaires
Des organismes certifiés comme Bureau Veritas proposent une approche combinée qui s’avère particulièrement efficace. Le test Blower Door est réalisé pour créer une dépression stable dans le bâtiment. Simultanément, un opérateur parcourt l’intérieur avec une caméra thermique pour visualiser les points de fuite. Cette méthodologie permet non seulement de quantifier la performance globale (le Q4Pa-surf), mais aussi de localiser précisément l’origine des fuites au niveau des traversées de paroi, des menuiseries ou des jonctions. Cette double approche, qui peut mener à des gains énergétiques allant jusqu’à 30% par la correction des défauts, constitue un rapport de diagnostic complet et est souvent exigée pour obtenir la certification Qualibat 8711, une référence dans le domaine.
Exiger un rapport de test avant et après l’installation de la climatisation est votre meilleure assurance. Cela responsabilise l’installateur et vous fournit une preuve documentée que la performance de votre bien a été préservée. C’est un investissement mineur au regard de la valeur de votre patrimoine et des économies d’énergie futures.
Faut-il changer ses fenêtres ou installer une clim : quel est le meilleur investissement confort ?
La question du confort d’été est centrale dans la RE2020. La réglementation introduit un indicateur clé : les Degrés-Heures d’inconfort (DH). Cet indicateur cumule, sur toute l’année, chaque heure où la température intérieure dépasse un seuil de confort (26-28°C la nuit, 30°C le jour). Pour valider la conformité RE2020, un logement ne doit pas dépasser 350 DH. Au-delà, des pénalités s’appliquent sur le calcul de la performance énergétique.
Face à un risque d’inconfort, deux stratégies s’opposent : l’amélioration de l’enveloppe (changer les fenêtres pour un meilleur facteur solaire, ajouter des protections solaires) ou l’installation d’un système de refroidissement actif (climatisation). La RE2020 introduit une subtilité : la « climatisation fictive ». Si un logement se situe entre 350 et 1250 DH, le calcul réglementaire lui applique une pénalité de consommation énergétique, comme s’il était équipé d’une climatisation peu performante. Or, le seuil maximal RE2020 est fixé à 1250 DH, ce qui équivaut à un inconfort significatif (environ 25 jours avec 30°C le jour et 28°C la nuit).
Dans ce contexte, une analyse de Batirama montre un paradoxe : il peut être plus rentable d’installer une véritable pompe à chaleur réversible performante, dont l’installation respecte l’étanchéité, plutôt que de subir la pénalité de la climatisation fictive. L’investissement dans une PAC (4000-6000€) peut s’avérer plus judicieux qu’un changement complet de menuiseries (10000-15000€), tout en garantissant un confort réel et la conformité réglementaire.
Comme le souligne Krasimir Yordanov, Responsable du Marché solaire chez Terreal, dans une interview pour Construire sa Maison :
Le degré heure d’inconfort est une contrainte forte dans la nouvelle RE 2020. Mais cette consommation peut être compensée par une production électrique d’origine photovoltaïque.
– Krasimir Yordanov, Responsable du Marché solaire chez Terreal
Erreurs courantes et responsabilités : ce qu’il faut absolument éviter
La préservation de l’étanchéité à l’air lors de l’installation d’une climatisation repose sur une chaîne de décisions et d’actions où chaque maillon est critique. Une seule erreur peut compromettre l’ensemble. Il est donc impératif de connaître les écueils les plus fréquents pour les éviter et s’assurer que l’installateur choisi en a également conscience.
L’erreur la plus répandue reste l’utilisation de mousse polyuréthane expansive pour sceller le passage de la gaine. Si ce produit peut sembler efficace en apparence, il n’est pas étanche à l’air de manière pérenne. Il vieillit mal, se fissure et n’assure aucune continuité avec le pare-vapeur. Son usage est un motif de non-conformité immédiat. De même, l’absence de manchon de traversée et le simple bourrage de laine de verre ou l’application de silicone de salle de bain sont des pratiques proscrites.
Une autre erreur concerne le choix des produits. Utiliser un ruban adhésif non spécifique ou une membrane non compatible avec le pare-vapeur en place peut entraîner un décollement à moyen terme. Le système d’étanchéité doit être considéré comme un tout, où chaque composant (manchette, colle, adhésif) est conçu pour fonctionner avec les autres. La responsabilité de l’installateur est engagée sur ce point. Il doit pouvoir justifier de la compatibilité et de la certification des produits qu’il emploie.
Enfin, l’absence de documentation est une erreur administrative lourde de conséquences. En cas de revente du bien ou de contrôle, vous devez être en mesure de prouver que l’intervention a été réalisée dans les règles de l’art. Exigez des photos de chaque étape clé : avant le perçage, après le carottage, après la pose du manchon et de la membrane, et avant la fermeture finale. Ce dossier photographique est votre meilleure garantie.
À retenir
- Le percement normatif : Seul le carottage diamanté à l’eau est acceptable. Toute méthode à percussion est à proscrire pour préserver l’intégrité du support.
- Le système d’étanchéité : L’étanchéité n’est pas un produit mais un système. Elle requiert la combinaison d’un manchon de traversée et d’une manchette d’étanchéité spécifique (type Roflex/Kaflex) collée au pare-vapeur avec des adhésifs certifiés.
- La validation par la mesure : La qualité d’une installation se prouve. La thermographie infrarouge permet de visualiser les défauts, et le test Blower Door final quantifie et certifie la performance d’étanchéité globale.
Vers une performance énergétique maîtrisée : la synthèse normative
L’installation d’une climatisation dans une maison neuve n’est, en définitive, pas une menace pour sa performance énergétique. Au contraire, lorsqu’elle est abordée avec la rigueur normative requise, elle devient une composante maîtrisée du confort global du bâtiment. L’approche « chirurgicale » que nous avons détaillée transforme un risque potentiel en un processus technique fiable et documenté.
Le respect scrupuleux de chaque étape — du choix du point de percement à la validation par un test d’infiltrométrie, en passant par le carottage diamanté et l’application d’un système d’étanchéité certifié — est la seule garantie de pérennité. Cela assure non seulement le maintien de la conformité RE2020 et la valeur de votre patrimoine, mais aussi l’optimisation de vos consommations énergétiques et la salubrité de votre habitat.
La clé du succès réside dans la compétence et la conscience professionnelle de l’intervenant. Un artisan qualifié ne se contentera pas d’installer un appareil fonctionnel ; il s’assurera de préserver l’intégrité de l’enveloppe qui constitue la première valeur de votre maison. Le dialogue avec ce professionnel et l’exigence d’un protocole clair et documenté sont vos meilleurs atouts.
Pour garantir que votre projet d’installation respecte ces exigences critiques, l’étape suivante consiste à mandater un professionnel certifié Qualibat 8711 (ou équivalent) capable de réaliser l’intervention et de fournir les rapports de tests prouvant le maintien de la performance de votre bâtiment.